IA, souveraineté, réglementation… Le bilan du premier semestre
Écrit par Jérôme Marin mar 15 Juil 2025

Intelligence artificielle, souveraineté numérique, réglementation… Alors que le premier semestre vient de s’achever, Techerati tire un bilan sur l’avancée des priorités stratégiques européennes et françaises.
C’est probablement le point culminant pour la tech européenne au premier semestre. En février, lors du Sommet sur l’IA organisé à Paris, deux plans massifs d’investissements ont été annoncés. Le premier par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. Le deuxième par Emmanuel Macron, le président français.
En tout, ce sont plus de 300 milliards d’euros d’investissements, essentiellement privés. L’objectif est de soutenir l’écosystème européen autour de l’intelligence artificielle générative, et plus particulièrement de stimuler la construction de data centers, afin de disposer de la puissance de calcul nécessaire pour entraîner et faire tourner les modèles d’IA.
En Europe, Bruxelles prévoit notamment de dépenser 20 milliards d’euros pour financer la construction de “gigafactories” d’IA, dotées de plus de 100 000 cartes graphiques. En France, un campus d’IA a été annoncé. Il sera doté du plus grand data center du continent. Son coût est estimé à 50 milliards d’euros, financé par le fonds émirati MGX.
Régulation de l’IA
Ces bonnes intentions, qui doivent désormais se matérialiser, sont considérées comme primordiales pour que l’Europe ne soit pas distancée dans la course à l’IA. Mais aussi pour qu’elle assure sa souveraineté technologique, sans être dépendante des grandes entreprises américaines.
Dans cette bataille internationale, les Vingt-Sept n’ont cependant pas renoncé à réglementer l’intelligence artificielle. Depuis février, les systèmes d’IA présentant des risques jugés inacceptables sont désormais interdits sur le continent, dans le cadre de l’AI Act, officiellement entré en vigueur à l’été 2024.
Le début d’année a aussi été marqué par des négociations difficiles autour de cette nouvelle réglementation. Elles ont finalement débouché sur la publication d’un code de bonnes pratiques pour les concepteurs de modèles d’IA dits à “usage général”, qui devra être respecté à partir du 2 août.
Création du “28ᵉ régime”
Pour renforcer sa souveraineté numérique, l’Europe veut aussi devenir “le meilleur endroit au monde pour démarrer et développer une entreprise”, explique Ekaterina Zaharieva, la commissaire aux start-up, à la recherche et à l’innovation. En juin, Bruxelles a donc présenté son initiative Choose Europe to Start and Scale.
Ce plan prévoit notamment l’instauration d’un “28ᵉ régime”. Il s’agit d’une structure juridique supranationale qui doit permettre de créer facilement une société pouvant exercer partout sur le continent. Cela doit permettre de limiter les démarches administratives et les coûts pour étendre une activité en Europe. La Commission européenne ambitionne aussi d’harmoniser certaines règles du droit du travail et de la fiscalité.
Pour attirer et conserver les meilleurs entrepreneurs, ingénieurs et chercheurs, l’Europe propose d’harmoniser les lois sur les stock-options, de simplifier les règles fiscales pour les employés qui télétravaillent depuis un autre pays de l’UE, et de créer un programme de visas dédiés.
La Commission veut aussi s’attaquer au “trou de financement” que peuvent rencontrer les start-up qui veulent passer à l’échelle. Un fonds d’au moins dix milliards d’euros, regroupant apports publics et investisseurs privés, doit être créé. L’Europe espère aussi pousser les investisseurs institutionnels à financer les start-up, sur le modèle du dispositif Tibi en France.
Croissance du chiffre d’affaires
En attendant de voir émerger de nouvelles start-up, les pays européens font toujours face à une stagnation ou à une diminution des investissements, qui sont retombés très en deçà des niveaux records atteints après la crise sanitaire. C’est particulièrement le cas en France, où le montant des levées de fonds a encore chuté de 30 % au premier semestre.
Cette baisse ne signifie pas pour autant que l’écosystème start-up ne se développe pas. En France, les 120 entreprises sélectionnées dans la nouvelle promotion du French Tech 120 affichent une croissance moyenne de leur chiffre d’affaires de 27 %. Ensemble, elles ont réalisé 10 milliards d’euros de recettes. Hors deeptech, 44 % d’entre elles sont désormais rentables.
Pour favoriser le développement des start-up, le gouvernement français espère mobiliser les grandes entreprises. En 2023, il a ainsi lancé le programme Je choisis la French Tech, pour pousser les décideurs corporate à choisir des solutions technologiques françaises, au détriment de leurs rivales américaines. L’initiative vient de dépasser le cap symbolique du milliard d’euros de commandes.
Écrit par Jérôme Marin mar 15 Juil 2025
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