Hub des articles à la une

« L’avenir n’est pas au tout cloud public, mais à l’hybride. »

mer 8 Oct 2025

Florian Caringi de Groupe BPCE évoque l’avenir du cloud hybride à Tech Show Paris.

Florian Caringi, Manager Data AI Platform & Architecture au sein du Groupe BPCE, revient sur la stratégie cloud du groupe. Entre souveraineté, pragmatisme et innovation, il détaille comment la banque construit un modèle hybride alliant datacenters internes et services managés des hyperscalers.

– – – – – –

Quelle est la situation actuelle chez BPCE, entre cloud privé et cloud public ? Comment arbitrez-vous entre les deux ?

Nous avons la chance de disposer de plusieurs datacenters, ce qui nous permet d’opérer un cloud privé multi-site. C’est un atout primordial, notamment pour la partie DRP (Plan de Reprise après sinistre, ndlr). Avoir trois datacenters physiquement séparés est un autre élément clé, en particulier pour garantir la continuité de service pour des processus métier critiques.

Sur le cloud public, nous sommes amarrés aux trois grands fournisseurs cloud mondiaux: Google Cloud, notamment pour la partie data et IA, Microsoft Azure, notamment pour la partie BI (informatique décisionnelle, ndlr), et Amazon, pour les sites web.

Notre approche est pragmatique. Dans la partie Data et IA, par exemple, nos logiciels portant sur les processus opérationnels sur les fonctions corporate sont hébergés en interne, pour limiter des allers retours. Le cloud public est utilisé pour des usages transverses via des services managés difficiles à reproduire en interne.

Cette hybridation est-elle aussi motivée par des enjeux réglementaires et de sécurité ?

Tout à fait. Pour les données sensibles, nous restons sur nos infrastructures internes. Mais sur d’autres cas d’usage, nous utilisons les clouds publics. Prenons l’exemple de l’IA générative: nous pouvons ouvrir des endpoints proposés sur Azure pour OpenAI, et GCP pour Gemini. Cela nous permet de bénéficier rapidement des dernières innovations. Mais en parallèle, nous travaillons sur nos propres modèles en interne. En fonction de la sensibilité des process, nous avons la possibilité de choisir le modèle et le lieu de déploiement.

Avec les récents changements géopolitiques et les discussions autour de la souveraineté des données, comment réfléchissez-vous à la territorialité et à la souveraineté technologique dans le cloud et les services managés ?

En fait, les choses évoluent rapidement. Aujourd’hui, quand on parle de cloud et de data, la première réflexion concerne la territorialité des données, car cela touche directement à la souveraineté de l’information. Il y a eu récemment plusieurs initiatives, comme les clouds souverains qui répondent à ces contraintes. L’État encourage aussi ce type de solutions pour sécuriser ses services et inciter les entreprises à les adopter.

Mais le sujet dépasse maintenant la simple souveraineté des données: il y a la question de la souveraineté technologique. Avec la dépendance aux solutions étrangères, il devient crucial de se demander si travailler avec des acteurs français ou européens fait sens pour nous. Heureusement, notre organisation possède déjà des data centers, ce qui nous permet de comparer les services managés existants et d’essayer de produire des services internes de manière plus efficace. L’idée est de proposer des services data et IT packagés, disponibles “au clic”, tout en gardant le contrôle sur notre infrastructure privée. Cette réflexion nous pousse à repenser nos offres et à chercher le juste équilibre entre souveraineté, efficacité et agilité.

Si demain vous deviez vous passer du cloud public, comment garantir une bascule vers le cloud privé sans impact pour les clients ?

C’est tout l’enjeu. Le cloud public apporte avant tout des services « sur étagère » très orientés client. C’est ce qui le rend si attractif, et ce qui a souvent été reproché aux DSI: penser infrastructure au lieu de penser service. Là-dessus, les GAFAM excellent. Mais il existe d’autres pistes: travailler en make together, s’appuyer sur des éditeurs français ou sur l’open source pour construire une offre duale.

L’important est d’adopter une logique orientée service, avec des packages, des API, et une réponse directe aux besoins métiers. Dans ce cadre, une migration du cloud public vers un cloud privé n’est pas impossible. Le vrai défi reste la réversibilité : trop souvent prévue contractuellement, mais rarement chiffrée. Il faut donc évaluer les solutions de substitution et calculer les coûts réels de migration pour se préparer à ce scénario.

Après 15 ans de discours vantant le “tout cloud public”, sentez-vous une inflexion du marché ?

Oui, il y a clairement un changement de perception. Le cloud public reste attractif pour certains usages, comme l’accès immédiat à des GPU ou à des modèles d’IA propriétaires impossibles à déployer en interne. Mais il ne suffit plus. Nous avons investi dans nos propres ressources GPU, que nous considérons désormais comme un véritable atout stratégique.

Ce mouvement traduit une prise de conscience: l’infrastructure redevient critique, non seulement pour des raisons de souveraineté et de dépendance aux acteurs américains, mais aussi comme avantage compétitif. C’est la première fois, par exemple, que des acteurs européens, comme Scaleway ou OVH, mettent en avant des investissements en GPU ou que des acteurs américains, comme Google, annoncent des partenariats avec Nvidia.

L’avenir n’est donc pas au « tout cloud public », mais à l’hybride. L’approche pragmatique consiste à garder en interne ce qui est sensible ou amortissable, tout en s’appuyant sur le public pour la puissance de calcul et l’innovation. La containerisation joue ici un rôle clé, car elle permet de déplacer les applications d’un environnement à l’autre. C’est cette flexibilité qui devient essentielle.

Join Tech Show Paris

5-6 November 2025, Door of Versailles, Paris

One ticket. Five shows. Boundless innovation.
Cloud, AI, Security, DevOps, and Infrastructure—all under one roof at Porte de Versailles. Discover the future of the French technology landscape.

Tags:

AI Cloud Paris
Envoyez-nous une correction Envoyez-nous un scoop